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Pourquoi nous n’utilisons pas de DAN à l’Arnis Kawal Academy ?

il y a 3 jours
6 min de lecture

« Tu es combien de DAN ? »

C’est une question que l’on entend régulièrement lorsque l’on pratique un art martial depuis de nombreuses années.

Elle paraît parfaitement naturelle. Dans l’imaginaire collectif, la ceinture noire et les DAN sont devenus presque indissociables de la pratique des arts martiaux.


Pourtant, à l’Arnis Kawal Academy, notre réponse est simple :

Nous n’avons pas de DAN.


Nous avons bien un système de grades. Nous utilisons différentes couleurs afin de matérialiser la progression de nos pratiquants et de structurer notre enseignement.

Mais nous ne transformons pas ces grades en DAN lorsqu'un pratiquant atteint un niveau avancé.

Ce choix est volontaire.

Parce qu'à une époque où l'on voit de plus en plus certains arts martiaux philippins adopter les codes d'autres traditions martiales, nous faisons le choix inverse :

essayer de rester au plus proche de l’identité et de la tradition des Filipino Martial Arts.



Le DAN n’est pas un grade universel des arts martiaux

Il faut d’abord rappeler quelque chose d’essentiel : le DAN n’est pas une unité universelle permettant de mesurer le niveau d’un pratiquant d’arts martiaux.

Le terme est d’origine japonaise.

Les systèmes kyu/dan se sont largement diffusés à travers les arts martiaux japonais et leur développement international. Judo, karaté, aïkido et d’autres disciplines ont largement contribué à familiariser le grand public avec cette manière de représenter la progression.

Au fil du temps, la ceinture noire et les DAN sont même devenus, dans l’esprit de nombreuses personnes, synonymes de « niveau martial ».

Mais tous les arts martiaux ne sont pas japonais.

Et tous n’ont donc aucune raison historique de mesurer leur progression de la même manière.

L’Arnis, l’Eskrima et les autres systèmes regroupés sous l’appellation Filipino Martial Arts possèdent leur propre histoire.

Pourquoi devrions-nous nécessairement utiliser la terminologie d’une autre culture pour déterminer notre niveau dans un art martial philippin ?


Les FMA n’ont historiquement pas été construits autour des DAN

Les arts martiaux philippins se sont développés dans un contexte très différent des systèmes modernes extrêmement codifiés que nous connaissons aujourd’hui.

La transmission pouvait se faire au sein d’une famille, d’une communauté ou directement d’un maître à quelques élèves.

Selon les styles, les régions, les lignées et les époques, les méthodes de transmission pouvaient évidemment varier considérablement.

Mais cette progression n’était historiquement pas organisée autour d’une succession de :

1er DAN, 2e DAN, 3e DAN, 4e DAN…

La reconnaissance reposait davantage sur l’expérience acquise, la compréhension du système, la capacité à l’utiliser et, à terme, la capacité à le transmettre.

C'est une différence fondamentale.


Alors pourquoi trouve-t-on aujourd’hui des DAN en Arnis ou en Eskrima ?

Parce que les arts martiaux philippins ont eux aussi évolué.

Avec leur développement international et leur intégration dans un paysage martial où les ceintures et les DAN étaient déjà largement connus, certaines organisations de FMA ont progressivement adopté des systèmes similaires.

Aujourd’hui, on peut donc rencontrer des pratiquants ou instructeurs d’Arnis, d’Eskrima ou d’autres systèmes philippins qui possèdent un 1er, 3e, 5e DAN ou davantage.

Nous ne remettons absolument pas en cause leurs compétences ni la légitimité du système auquel ils appartiennent.

Chaque école est libre d’organiser sa progression comme elle l’entend.

Mais à l’Arnis Kawal Academy, nous avons choisi une autre direction.

Plus les FMA se développent et s’internationalisent, plus nous estimons important de nous interroger sur ce qui constitue leur identité.

Et lorsqu'un élément provient manifestement d'une autre tradition martiale, nous ne ressentons pas le besoin de l'adopter simplement parce qu'il est devenu courant.


Rester philippin dans un monde martial de plus en plus standardisé

C'est probablement ici que se situe le cœur de notre démarche.

À l’Arnis Kawal Academy, nous ne cherchons pas à prétendre que notre façon de pratiquer serait la seule manière authentique de pratiquer les FMA.

Les arts martiaux philippins sont beaucoup trop riches et diversifiés pour tenir un tel discours.

En revanche, nous nous efforçons de conserver autant que possible une identité philippine dans notre pratique et dans notre manière de transmettre.

Cela passe évidemment par les techniques.

Mais pas uniquement.

Cela concerne également le vocabulaire, les principes, la conception de l’entraînement, la relation entre pratiquant et instructeur et notre manière de considérer la progression.

Nous pouvons vivre en Belgique, enseigner au XXIe siècle, disposer d'un programme pédagogique structuré et utiliser des méthodes d'enseignement modernes…

sans pour autant devoir transformer notre Arnis en karaté philippin.

Cette distinction est importante.


Oui, nous avons des grades de couleurs

Rester attaché à la tradition ne signifie pas refuser toute évolution.

À l’Arnis Kawal Academy, nous utilisons effectivement des grades matérialisés par différentes couleurs.

Pourquoi ?

Parce qu'une académie moderne accueille des pratiquants qui ont besoin de repères.

Les grades permettent de structurer le programme, d’établir des objectifs, de valider certains acquis et de permettre à chacun de visualiser sa progression.

Nous assumons donc parfaitement cette adaptation pédagogique.

Mais nous établissons une différence entre structurer l’apprentissage et importer automatiquement la terminologie d’un autre art martial.

Nos couleurs sont des étapes dans un parcours.

Lorsqu’un pratiquant atteint les niveaux avancés, nous ne commençons donc pas à compter ses DAN.

Parce qu’il n’en a pas besoin pour que son expérience soit reconnue.


Baguhan, Mandirigma, Guro, Punong Guro : notre progression possède son identité

Notre système s’articule autour d’une progression qui correspond davantage à l’identité que nous souhaitons préserver.

Le Baguhan est celui qui débute son apprentissage.

Il construit progressivement ses fondations : déplacements, angles, coordination, distances, maniement des armes et compréhension des principes fondamentaux.

Avec l’expérience vient le Mandirigma, le guerrier.

Le pratiquant ne se contente progressivement plus d’exécuter une succession de mouvements. Il commence à comprendre les relations entre les techniques, à s’adapter et à développer son propre ressenti.

Vient ensuite le Guro, l’instructeur.

Et cette étape est particulièrement importante.

Car savoir faire quelque chose et être capable de le transmettre correctement à quelqu’un d’autre sont deux compétences différentes.

Enfin vient le Punong Guro, l’instructeur principal, dont la responsabilité dépasse progressivement sa propre pratique pour toucher également à la transmission et à la préservation du système.

Voilà notre logique.

Pas une course aux DAN.

Un parcours de pratiquant vers la maîtrise, puis vers la transmission.


Un grade doit représenter une compétence, pas devenir une collection

Il existe également une dérive contre laquelle nous voulons rester vigilants : la course aux grades.

Lorsqu'un système possède de nombreux niveaux successifs, le risque existe parfois que le chiffre devienne progressivement plus important que ce qu'il représente réellement.

1er DAN.

Puis 2e.

Puis 3e.

Puis 4e…

Et la question finit parfois par devenir :

« Quel est ton grade ? »

plutôt que :

« Que sais-tu réellement faire ? »

Ce n'est pas notre vision des FMA.

Un grade doit rester la conséquence d’une progression.

Il ne doit jamais devenir sa finalité.


Dans les FMA, la compréhension doit dépasser la mémorisation

L’un des aspects que nous apprécions particulièrement dans les arts martiaux philippins est leur logique de principes.

Distance.

Angle.

Timing.

Déplacement.

Positionnement.

Gestion de la ligne d’attaque.

Adaptation.

Le pratiquant apprend des techniques, évidemment.

Mais derrière les techniques se trouvent surtout des mécanismes qu’il doit progressivement comprendre.

Une même logique peut apparaître avec un bâton, une arme d’entraînement ou à mains nues.

Plus le niveau augmente, moins le pratiquant devrait être prisonnier d’une succession de mouvements mémorisés.

Il doit commencer à comprendre pourquoi le mouvement fonctionne.

Et cette compréhension ne se résume pas facilement à un chiffre placé derrière le mot DAN.


Nous ne sommes pas contre les DAN. Ils ne font simplement pas partie de notre système.

Cette précision est importante.

Notre choix ne constitue pas une critique envers le karaté, le judo, l’aïkido ou les autres disciplines utilisant des DAN.

Au contraire.

Dans ces disciplines, cette graduation appartient à leur histoire, à leur organisation et à leur culture martiale.

Nous respectons cela.

De la même manière, nous respectons les écoles modernes de FMA ayant choisi d’adopter un système de DAN.

Mais respecter les traditions des autres implique aussi de respecter la nôtre.

Et notre volonté est précisément de ne pas adopter automatiquement un système simplement parce qu’il est devenu familier ou facilement compréhensible par le grand public.


Moderniser l’enseignement sans effacer l’identité

Nous ne pratiquons évidemment plus dans les Philippines d'il y a plusieurs générations.

Notre enseignement évolue.

Nos méthodes pédagogiques évoluent.

Nos protections évoluent.

Notre compréhension de la sécurité à l'entraînement évolue.

Notre manière d’accueillir et d’accompagner les nouveaux pratiquants évolue également.

Et c'est parfaitement normal.

Préserver une tradition ne signifie pas la figer.

Cela signifie savoir faire la différence entre ce qui peut évoluer pour améliorer la transmission et ce qui participe à l’identité de l’art que nous transmettons.

À l’Arnis Kawal Academy, c'est cette ligne que nous essayons de suivre.

Évoluer sans oublier.

Structurer sans standardiser.

Moderniser sans dénaturer.


Alors, quel DAN avons-nous ?

Aucun.

Et nous n’en ressentons pas le besoin.

Nous avons des grades.

Nous avons des niveaux.

Nous avons des instructeurs.

Nous avons une progression structurée.

Et surtout, nous avons une responsabilité : continuer à transmettre des arts martiaux philippins en essayant de rester aussi proches que possible de leur identité.

Dans un monde martial où les systèmes ont parfois tendance à se ressembler de plus en plus, nous assumons donc pleinement notre différence.

Parce qu'à l’Arnis Kawal Academy, nous ne cherchons pas à savoir combien de DAN nous pouvons accumuler.

Nous préférons continuer à nous poser une question beaucoup plus simple :

Que savons-nous réellement faire, comprendre et transmettre ?

Et finalement, c’est peut-être cela, le grade le plus important.


Mabuhay !

Arnis Kawal Academy

Filipino Martial Arts

 
 
 

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